Toutes les cartes sont fausses (mais certaines sont utiles)

Nathan Evans 12 décembre 2025

Les organigrammes laissent de côté quantité de détails pourtant essentiels au travail quotidien. À quoi ressemble un organigramme vraiment utile ?

Illustration stylisée comparant un itinéraire de navigation trompeur et une carte d'organisation utile.

Imaginez : vous cherchez une petite ville australienne, vous faites confiance à votre GPS, et vous vous retrouvez en plein outback aride parce que la ville affichée à l’écran n’existe pas vraiment. Ou bien, en route vers un café près de l’aéroport, votre GPS vous fait déboucher au milieu de la piste. Ces mésaventures cartographiques, bien réelles, pointent vers une vérité toute simple, que le statisticien George Box a formulée mieux que personne :

« Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles. »

Une carte est un modèle imparfait. C’est une approximation du territoire. La vraie question est de savoir si, malgré ses imperfections, elle vous aide encore à trouver votre chemin.

La même observation vaut pour la manière dont nous représentons les organisations. D’où la question : quel type d’organigramme aide réellement les gens à naviguer dans leur travail et dans leurs relations ?

Les organigrammes traditionnels : des cartes inutiles ?

La plupart des organigrammes sont des schémas statiques d’intitulés de poste et de lignes hiérarchiques. Ils indiquent qui dirige officiellement qui et qui appartient à quelle unité fonctionnelle, mais guère plus. Ces schémas rendent peut-être service à la conformité ; pour la collaboration quotidienne, ils induisent souvent en erreur.

Ils ne montrent pas :

  • Qui est réellement responsable de quoi.
  • Comment les gens interagissent d’un silo à l’autre.
  • Quelles compétences et quels savoir-faire existent en interne.
  • Les priorités, les objectifs et les contraintes qui évoluent.
  • Les relations plus fines, comme le mentorat, le leadership informel et l’influence entre collègues.

Les organigrammes traditionnels sont nets sur le papier, mais bien trop vagues et trop incomplets pour servir de référence au quotidien. Ils équivalent à une carte au trésor griffonnée au dos d’une serviette en papier. Pour une comparaison complète entre les organigrammes classiques et leurs alternatives modernes, consultez notre guide sur les organigrammes dynamiques face aux organigrammes statiques.

Dessin d'une carte au trésor très imprécise sur un parchemin, une croix marquant l'emplacement sur une île non identifiée. La plupart des organigrammes ne font qu’approcher le travail réel, un peu comme un vague « le trésor est ici » sur une carte au trésor.

Comment rendre une carte d’organisation utile ?

Le travail refuse le plus souvent de rester dans les cases. Les gens comblent les manques, se mobilisent en nombre pour régler les urgences et prêtent leur expertise à d’autres équipes. Une carte d’organisation utile augmente la résolution. Elle montre les responsabilités, les relations et les priorités du moment. Elle rend aussi visibles les contributions informelles, pour que l’équipe puisse en tirer des enseignements et reconnaître les capacités réelles.

Citation d'Ideesport sur la mise en visibilité des contributions informelles. Ideesport se sert de Peerdom pour rendre son organigramme utile - en cartographiant les contributions qui restent d’ordinaire invisibles.

Si nous voulons un modèle plus utile, une sorte de GPS de la collaboration, il faut donc décider de ce qui mérite d’être cartographié. Voici quelques éléments décisifs :

1. Les rôles et les responsabilités (qui fait quoi)

Au lieu de s’en tenir aux intitulés de poste, une carte d’organisation utile montre les rôles réellement exercés, parfois plusieurs à la fois et dans plusieurs équipes. Ces rôles doivent rester souples et refléter la répartition effective du travail. Une approche de gouvernance par les rôles aide à formaliser ce basculement.

2. Les relations (qui interagit avec qui)

Pas seulement « qui rend des comptes à qui », mais qui collabore, qui accompagne, qui dépend du travail de qui, qui donne son avis et qui dispose d’un droit de veto. Voyez cela comme les routes entre les villes.

3. Les droits de décision (qui décide quoi)

Une autorité et des limites claires : qui prend quelles décisions, et à quel moment le consentement ou la consultation s’impose. Sans cela, vous obtenez des embouteillages à chaque carrefour.

4. Les contraintes et les priorités

Votre carte doit refléter un paysage mouvant : les capacités disponibles, les objectifs qui changent, les projets en cours. C’est le relief et la météo de l’organisation. C’est ce qui donne du volume à votre carte et rend la navigation réaliste.

5. Les personnes (et pas seulement les postes)

Les gens changent de rôle, prennent de nouvelles responsabilités, partent ou grandissent. Une carte utile suit leurs trajectoires individuelles dans un système vivant, et non l’organisation telle qu’elle était il y a six mois.

Une carte est un modèle partagé

Surtout, une carte utile se partage. Si seules la direction ou une poignée d’équipes y ont accès, ou si différentes équipes en détiennent des versions contradictoires, elle cesse d’être une référence commune. Comme un mauvais GPS, elle envoie alors les gens dans des directions très différentes. La qualité des décisions baisse dès que l’information n’est pas répartie équitablement.

Le but n’est pas de créer une carte parfaite. Visez une carte utile. Une carte qui aide chacun·e à s’orienter, à trouver les bonnes personnes et à avancer avec clarté.

La prochaine fois que vous plisserez les yeux devant un organigramme, posez-vous donc la question : cette carte nous aide-t-elle à aller là où nous devons aller, ou risque-t-elle de nous précipiter sur une piste d’aéroport ?

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